Présentation

Présentation du projet

« Quand je regarde en arrière, je n’ai aucun doute : les choses les plus importantes que j’ai accomplies ne furent ni l’ascension de montagnes ni mes voyages aux extrémités du globe. Ce qui me tient vraiment à cœur, c’est d’avoir permis la construction et assuré le quotidien d’écoles et de cliniques pour les amis chers que je compte dans l’Himalaya. »

Edmund HILLARY, premier alpiniste au sommet de l’Everest

Un peu d’histoire…

La voie normale Népalaise

Il s’agit de la voie gravie par E. Hillary et S. Tenzing en 1953 pour atteindre les premiers le sommet de l’Everest, suite à l’ouverture de la montagne aux étrangers, et c’est encore aujourd’hui la voie la plus empruntée malgré de grands dangers objectifs et une fréquentation étouffante.

Cette ouverture à l’international permet de développer la région et les permis d’ascensions financent des actions publiques dans l’un des pays les plus pauvres d’Asie. Aujourd’hui, le tourisme est la principale source de revenu dans cette région très escarpée et difficile d’accès.

Sherpas en 1953.

Les déchets

Déchets sur le camp de base

Bien sûr ce tourisme de masse apporte un grand nombre de déchets et c’est pour cette raison que de nombreuses expéditions se sont formées pour nettoyer le toit du monde. Malheureusement elles consistent en général à descendre une part des déchets un peu plus bas. Certains matériaux sont bien valorisés comme les métaux ou certaines cartouches de gaz par exemple, mais une trop grande partie des plastiques finit dans des décharges à ciel ouvert ou, pire, dans les rivières. Ces plastiques suivent alors leur chemin en polluant les vallées népalaises et autres pays mitoyens avant de se déverser dans l’océan. Il existait un incinérateur à Namche Bazar mais il a été endommagé par le séisme de 2015 et était de toute façon sous-dimensionné pour traiter tous ces déchets.

Ville de Namche Bazar
Aéroport Tenzing-Hilary à Lukla

Le Khumbu

La région de l’Everest se nomme le Khumbu. Elle est très reculée et ne bénéficie d’aucun accès routier. Les porteurs et sherpas doivent donc transporter tout le matériel à dos d’hommes et de yaks.

La plus grosse ville de la région se nomme Namche Bazar, située à 3 500 mètres d’altitude. La plupart des treks y accèdent depuis la ville de Lukla qui est la dernière ville accessible en avion, à 2 800 m. Ensuite, les treks se rendent souvent au camp de base de l’Everest à 5 300 m situé à une trentaine de kilomètre.

Etant donné que la population locale a pour souci majeur se nourrir, on imagine qu’il est difficile d’envisager une marche de 50 km à travers les montagnes pour redescendre ses déchets et ceux des touristes vers la civilisation… Et pourtant cette volonté est bien présente comme le montre les actions déjà mises en place et l’engouement pour notre projet.

Tri’Haut pour l’Everest…

Everest Green

Tout commence en 2018, au festival ciné-montagne de Grenoble, lorsque la projection du film Everest Green, de Jean-Michel Jorda, donne une idée concrète de projet à nos aventuriers, déjà sensibilisés aux questions de la pollution en montagne.

S’en suit une prise de contact avec le réalisateur ainsi qu’avec de nombreux acteurs de la haute-montagne dans l’Himalaya. Le message est clair de part et d’autre : IL Y A URGENCE !

Nombreuses sont les expéditions partant dépolluer les sommets soumis au tourisme de masse. Ce sont de belles actions collectives, où les déchets sont souvent redescendus plus bas dans la vallée mais le Népal n’a aucun moyen de les traiter.

Jean-Michel Jorda nous a alors mis en contact avec des locaux de confiance qui ont un objectif ambitieux : installer une infrastructure permettant de traiter les déchets dans la région de l’Everest.

Everest Green, un documentaire relatant du problème des déchets au Népal
Un village haut-perché
Une décharge près de Pangboche…

Pangboche

A deux jours de marche de Namche Bazar se trouve Pangboche, entouré par ses hautes montagnes. Le dernier village habité à l’année avant le camp de base de l’Everest accueille depuis quelques années une petite décharge près de Dudh Koshi, la rivière de lait. Comme nous l’ont confirmé les habitants et au vu de nos observations sur place, c’est un endroit stratégique car il est situé à mi-chemin entre les différents lodges et camps de base d’altitude, et les autres villes et villages de la vallée, ce qui en fait un excellent point de collecte.

C’est aussi le village où Henry Sigayret, l’alpiniste surnommé Sherpasig, s’est installé il y a 40 ans après avoir lâché sa vie occidentale pour s’y installer avec sa nouvelle famille sherpa. Il a permis aux habitants d’avoir accès à l’électricité avant de nombreux autres villages situés plus bas dans la vallée. Grâce à son travail, les habitants sont très impliqués dans la vie du village et une association locale gère les installations de manière autonome. Ils sont également très motivés pour traiter le problème des déchets en nous aidant à la mise en place d’une infrastructure et en assurant son fonctionnement et sa maintenance.

Une première idée – l’incinérateur

Après avoir échangé avec les locaux, ils nous ont renvoyés vers la mise en place d’un incinérateur, qui semblait alors être la solution la plus adaptée à cette région. Cette solution de « recyclage » permet de traiter l’ensemble des plastiques sans trop se soucier de leur type, et l’ajout de filtres permet et de systèmes de récupération de chaleur permettent de limiter considérablement son impact sur l’environnement tout en fournissant une source de chaleur ou d’électricité fiable aux locaux.

C’est pourquoi nous nous sommes formés à cette technologie et avons collaboré avec nos partenaires techniques pendant 6 mois pour imaginer une installation low-tech adaptée à la région…

L’altifour de Falchen devant le K2 au Pakistan

Mais nos réflexions nous ont conduit à douter de la viabilité de cette solution pour cette région spécifique où le transport se fait essentiellement à pied. En effet, un tel incinérateur aurait consommé une quantité trop importante de carburant, qui n’aurait pas pu être assumée par les organismes locaux, et qui n’aurait pas été rentable pour eux. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’ancien incinérateur de Namche Bazar n’a pas été remis en service… Il nous fallait donc trouver autre chose !

Nous remercions les différents acteurs qui nous ont aidé sur l’étude de l’incinérateur :

  • Notre école, l’ENSE3 avec ses labos et le personnel enseignant ;
  • Les membres du projet Falchen Kangri partis installer un incinérateur dans l’Himalaya il y a 20 ans avec l’INSA Lyon (étude thermique, plans d’exécutions et retour d’expérience) ;
  • Une entreprise spécialisée en four d’incinération.

Les organismes népalais

Pour sa pérennité il est indispensable dans ce projet qui est à notre initiative, que les populations locales s’en emparent.

La fondation Khumbi Illa par l’intermédiaire de Namgyal Sherpa, nous permet d’entrer en contact avec les deux organismes locaux importants :

  • SPCC (Sagarmatha Pollution Control Comittee), l’organsime en charge de la gestion des déchets dans la région.
  • NMA (Nepal Moutaineering association), une association à but non lucratif qui a pour objectif principal la protection du milieu montagnard népalais.

Ces deux institutions importantes au Népal dans la gestion des expéditions pourront rediriger les déchets générés par ces dernières vers notre installation.

Pour la partie logistique et maintenance, nous sommes accompagnés par le président de la région, Laxman Adhakari ainsi que l’association Youth Club of Pangboche.

Jean-Michel et Henri nous ont également mis en contact avec des locaux sensibles à cette problématique. Cela va permettre de s’occuper des déchets produits dans les villages environnants. La confiance des habitants envers Henri et sa famille nous permettra de bénéficier d’une aide à la réalisation des travaux quand nous serons sur place et surtout de pérenniser l’installation.

Nous insistons sur la proximité avec les organismes népalais, pour ne pas commettre l’erreur de mener un projet avec notre vision occidentale sans prendre leur avis en compte.

La première phase du projet à l’automne 2021 a donc permis de rencontrer les acteurs locaux et nos contacts sur place pour réfléchir, avec eux, à un plan d’action qui convienne à tous le monde.

L’association Solida’rire

C’est une association de solidarité internationale de notre école d’ingénieur. Depuis plus de 10 ans, ils mènent des actions pérennes dans différents pays.

Leur expérience est un atout essentiel pour s’assurer de la durabilité du projet. Nous sommes donc en collaboration avec eux pour assurer les autres phases du projet, dès 2023.

Nos solutions

Le prototype de la pyrolyse réalisé par la première équipe du Tri’Haut lors de leur venue au Népal

La pyrolyse

Le constat sur l’incinérateur a représenter un véritable tournant dans le projet, car il nous fallait trouver une autre solution : est-il possible de valoriser différemment les déchets qu’en les brulant pour obtenir de la chaleur ou de l’électricité ?

Après avoir explorer plusieurs pistes et fait un bilan de l’ensemble des solutions de recyclage des déchets existantes, la pyrolyse à plastique nous a semblé être la plus appropriée pour le Khumbu.

Mais qu’est-ce que la pyrolyse ? C’est une combustion sans oxygène qui permet de valoriser la matière plastique en fioul et en gaz. Le fioul étant extrêmement cher dans cette région (c’est notamment ce qui nous a fait remettre en question l’incinérateur), il est intéressant de pouvoir en produire. Quant au gaz, il peut être réutiliser pour auto-alimenter le système.

La pyrolyse possède de nombreux avantages par rapport à l’incinération :

  • système low-tech, plus facile à mettre en œuvre et à entretenir
  • températures de combustion plus faibles, réduisant la toxicité des fumées et donc leur traitement
  • valorisation des déchets apportant un argument au fonctionnement de l’installation pour les populations
  • plus faible part de résidus après la combustion qui peuvent être facilement traités car ne sont pas considérés comme « déchets dangereux »

Face à ce constat, vous allez nous demander pourquoi ne s’être pas tourné vers ce procédé directement ?

En réalité, cette technologie est peu connue due à la difficulté de la mettre en place à l’échelle industrielle. Il faut donc adapter le système en fonction des déchets traités, pour obtenir une qualité d’huile satisfaisante. Effectivement, nous réalisons actuellement un prototype, pour, dans un second temps le développer à plus grosse échelle si les déchets traités nous apportent un pétrole de qualité satisfaisante.

Mais ce système présente quand même certaines limites, notamment le fait qu’elle ne fonctionne pas avec tous les types de plastiques. Si elle fonctionne bien avec les plastiques PP (emballages), elle ne fonctionne pas bien avec les PET (bouteilles) qui sont pourtant présents en grande quantité aussi.

Les autres machines

  • Un broyeur pour transformer les déchets plastiques en petits copeaux, c’est indispensable pour les machines suivantes et cela permet une augmentation considérable du rendement de la pyrolyse.

Le broyeur est déjà à Pangboche, il n’attend qu’à être assemblé.

  • Une extrudeuse pour créer des pièces de section homogène comme des poteaux, des pieds chaises et de tables, des manches pour outils…. Il est aussi possible d’enrouler un fil plastique extrudé pour fabriquer des objets utiles aux locaux : corbeilles, bacs à légumes…
  • Une presse à feuilles plastiques dont les feuilles produites peuvent utilisées telles quelles ou en les tordant pour fabriquer des tables, des chaises, le fond des bacs à légumes et beaucoup d’autres objets.

Pour la presse comme pour l’extrudeuse, nous nous inspirons des modèles libres de droits développés par la communauté Precious Plastic.

Le broyeur
Extrudeuse type Precious Plastic
Presse à feuilles plastiques type Precious Plastic

La sensibilisation et la communication

Parce que le meilleur moyen de traiter les déchets, c’est de ne pas les produire, nous pensons qu’il est important de parler du problème et d’inciter les touristes, comme les locaux, à diminuer la quantité de déchets qu’ils génèrent.

Et cela se passe à tous les stades du projet :

  • En amont de notre venue au Népal, nous communiquons sur ce problème au travers de nos réseaux sociaux et des médias (radio, presse, télévision…).
  • Quand nous serons au Népal, nous irons directement à la rencontre des touristes et des locaux pour leur exposer le problème, notre projet et les inciter à réduire les quantités de déchets qu’ils génèrent. Nous inciterons aussi les touristes à ramener avec eux les déchets dangereux (piles, batteries…) car au Népal, ces déchets finissent en décharge puisque qu’aucune infrastructure n’existe pour les traiter.
  • Enfin, quand nous rentrerons du Népal, nous continuerons de communiquer sur notre projet et sur l’importance de diminuer nos quantités de déchets notamment au travers de conférences et d’interventions dans des écoles/collèges/lycées par exemple.

Pour augmenter l’impact de cette sensibilisation, nous pensons aussi qu’il est important que nous soyons soutenus par des personnes influentes. C’est pourquoi nous travaillons à prendre contact avec un maximum de personnes.

Le projet sportif et scientifique…

Mera Peak et Ama Dablam

Durant cette aventure, nous partirons également découvrir les sommets et leurs glaciers au-dessus de Pangboche.

Nos objectifs sportifs sont la réalisation d’un trek de plusieurs jours dans le Khumbu et l’ascension d’un sommet d’altitude. Le Mera Peak, avec ses 6 476 mètres, se prête bien à nos attentes puisque c’est un sommet accessible sans grande expérience de la montagne.

De plus, des scientifiques du CNRS se rendent sur son glacier chaque année pour suivre son évolution. Nous souhaiterions les aider dans cette campagne de mesure.

En plus du Mera Peak, Martin et Nathan essayeront de gravir l’Ama Dablam (6 812 m), un sommet mythique au-dessus de Pangboche, mais beaucoup plus technique.

Le Tri’Haut 2021 au sommet du Mera Peak
L’Ama Dablam
La pyramide de Lobuche, à 5 000 mètres d’altitude

Opération de carottage près du Mera Peak

Observatoire scientifique

Le Mera Peak, en plus d’être très accessible pour une première expérience de la haute altitude, est le lieu d’expérimentation d’un programme international mené par le CNRS. En effet, c’est là-haut que se retrouvent chaque année, à l’automne, les scientifiques grenoblois de l’IGE (Institut de Géosciences de l’Environnement) pour effectuer des mesures sur le glacier à plus de 6 000 m.

Bilan de masse, ablation et autres mesures à base de bambous … tout y est. Le but est de voir l’évolution passée mais aussi future de ces immenses réservoirs d’eau, les risques et les atouts qu’ils représentent pour les populations, et de quelle façon leurs évolutions sont les témoins du changement climatique dans la plus haute région du monde.

La pyramide de Lobuche, construite avec des matériaux lourds montés à dos d’hommes et de Yaks, qui tranche avec l’habitat traditionnel du Khumbu népalais, est en réalité le camp de base pour les scientifiques qui partent faire des mesures en montagne.

Et après ?

Pour nous, ce projet s’inscrit sur plusieurs années. Et se doit d’être partagé pour faciliter la mise en place de projet du même type dans l’avenir. C’est pourquoi nous utiliserons les images acquises sur place pour réaliser un petit documentaire sur notre projet. Nous utiliserons ce support ainsi que notre expérience sur place pour mener des conférences à notre retour. Toute cela rentre dans la partie sensibilisation du projet, qui est tout aussi indispensable que le projet en lui-même.

Si une troisième équipe est nécessaire pour mener ce projet à bien, nous les accompagnerons dans leurs démarches.